1. Un Royaume qui ne se laisse pas dessiner sur une carte
Le mot « royaume » évoque spontanément un espace, une frontière, un territoire administré par un souverain. Cette représentation n'est pas étrangère aux textes bibliques, qui parlent de peuples, de villes, de nations et de pouvoirs. Mais elle peut devenir trompeuse si l'on imagine toujours le Royaume de Dieu comme un État qui posséderait à l'avance un nom, une constitution et des limites géographiques stables.
La Bible Savoy fait apparaître plusieurs nuances dans les passages que nous avons ouverts. Marc 1:15 annonce que le « royaume de Dieu s'est approché » ; Daniel 2:44 décrit un royaume qui ne sera « jamais détruit » ; Luc 17:21 parle du « règne de Dieu » présent « au milieu de vous » ; 1 Corinthiens 15:24 envisage un moment où le Christ remettra le Royaume à Dieu et Père. La diversité des constructions françaises est déjà un fait intéressant. Les auteurs ne parlent ni dans la même situation narrative ni selon le même genre littéraire.
Cependant, la diversité des formulations d'une traduction contemporaine n'est pas, à elle seule, la preuve d'une diversité lexicale correspondante dans toutes les langues sources. L'analyse devra distinguer la décision du traducteur de l'observation du texte antique. Un même mot grec peut admettre plusieurs réalisations françaises selon le contexte ; un texte hébreu ou araméen peut être reçu ou cité dans une composition grecque avec un déplacement d'accent.
Nous ne partirons donc pas de la question « où se trouve le Royaume ? » comme si elle pouvait recevoir seulement une réponse de géographie. Nous chercherons d'abord ce que ces textes veulent affirmer lorsqu'ils attribuent à Dieu une autorité, une action ou un ordre qui s'opposent aux puissances de leur époque.
2. Royaume, royauté et règne : la question des mots
Dans plusieurs passages du Nouveau Testament, l'expression grecque basileia tou theou (βασιλεία τοῦ θεοῦ) est rendue par « royaume de Dieu » ou « règne de Dieu ». Le nom basileia peut évoquer la royauté, l'exercice de la souveraineté et le royaume comme réalité organisée. Choisir une seule définition pour toutes les occurrences serait aussi imprudent que de déclarer que le terme désigne partout un territoire.
Le contexte narratif donne des indications. Quand un pouvoir « vient », « s'approche », « est donné » ou « ne sera pas détruit », le sens résulte de l'ensemble de la phrase, de ses interlocuteurs et des images qu'elle emprunte. La nuance entre souveraineté exercée et domaine sur lequel elle s'exerce peut parfois être utile, mais elle ne forme pas nécessairement une alternative exclusive. Une autorité qui règne ne se comprend pas indépendamment de ceux sur lesquels son action porte.
Le grec ne dit pas tout du problème. Jésus enseigne dans un monde juif où circulent l'hébreu, l'araméen et le grec selon les milieux et les situations. Un arrière-plan sémitique est plausible pour plusieurs expressions, mais la reconstruction d'une parole araméenne exacte derrière une phrase d'évangile grec est une hypothèse qui doit être explicitée, non un document retrouvé. Il faudrait comparer les formes attestées, leurs usages et les possibilités de traduction avant de prétendre connaître l'énoncé original.
Matthieu utilise souvent l'expression « Royaume des cieux » là où d'autres évangiles parlent du Royaume de Dieu. Les traditions d'interprétation expliquent fréquemment ce choix en relation avec des pratiques juives de langage religieux. Cela ne doit pas devenir un mécanisme absolu selon lequel « ciel » serait toujours et dans chaque contexte un substitut parfaitement interchangeable avec « Dieu ». Le chapitre consacré à Matthieu devra analyser les données et les exceptions à partir de l'œuvre entière.
Nous poserons donc un principe simple : une traduction peut être très lisible et néanmoins porter un choix interprétatif. Le lecteur doit pouvoir comprendre ce choix et examiner d'autres possibilités lorsqu'elles modifient la portée théologique du texte.
3. Une royauté déjà affirmée dans les Psaumes
Avant de lire les Évangiles, plusieurs Psaumes parlent de Dieu comme roi. Le Psaume 93:1, tel que l'affiche la Bible Savoy, proclame la royauté du Seigneur. Les Psaumes 47 et 96 développent eux aussi un langage dans lequel les peuples, la terre et la justice entrent en relation avec cette souveraineté.
La première conséquence méthodologique est décisive : on ne peut pas dire que les communautés juives du temps de Jésus attendaient nécessairement l'existence d'un Dieu qui ne régnait pas encore. Elles pouvaient reconnaître une royauté divine présente dans les prières et espérer simultanément une manifestation future de la justice et du jugement. Les textes décrivent des rapports temporels qui exigent plus de nuance qu'une opposition entre « règne absent » et « règne installé ».
Le langage royal possède aussi une histoire politique. Les pouvoirs humains prétendent gouverner, rendre justice et protéger une collectivité, mais ils peuvent exercer l'oppression. Affirmer la royauté de Dieu peut légitimer un roi, critiquer sa prétention à l'absolu ou soutenir l'espérance d'un jugement sur les puissances. Ces fonctions ne doivent pas être confondues. La valeur d'un psaume dépend de son énonciation et du cadre dans lequel il est employé.
L'exégèse devra déterminer le genre, la date et les usages liturgiques de chaque psaume avant de le transformer en un chapitre d'histoire des idées. Les rapprochements entre des textes éloignés sont utiles, mais ils doivent laisser leurs différences apparaître.
La réception chrétienne a utilisé des psaumes royaux pour parler du Christ. Cette lecture appartient à l'histoire du christianisme et peut être défendue dans un raisonnement de foi ; elle ne doit pas être présentée comme l'unique manière dont les communautés juives anciennes entendaient les textes. Une bibliothèque qui veut respecter plusieurs traditions commence par identifier leurs méthodes et leurs raisons.
4. Daniel : l'empire face au royaume durable
Daniel 2 et Daniel 7 représentent des puissances terrestres qui se succèdent, puis un royaume dont la durée échappe à celles des empires. Dans la Bible Savoy, Daniel 2:44 annonce un royaume établi par « le Dieu des cieux », tandis que Daniel 7:14 décrit une domination donnée à un personnage figuré « comme un fils d'homme », domination qui ne passera pas.
Les deux chapitres ne proposent pas exactement la même scène. Le premier met en jeu un rêve royal et son interprétation ; le second présente une vision d'animaux, un tribunal céleste et une figure humaine à laquelle un pouvoir est attribué. Les ressemblances entre les séquences de domination invitent à la comparaison ; leur différence de formes et d'images interdit de les réduire à la même illustration répétée deux fois.
L'histoire de la composition est ici importante. Le livre situe de nombreux récits dans les cours des souverains babyloniens, tandis que l'analyse historico-critique place largement la rédaction ou la finalisation des visions dans le contexte des conflits du IIe siècle avant notre ère. Tawny Holm résume ce cadre dans l'Oxford Research Encyclopedia of Religion. Il faut néanmoins distinguer l'époque où se déroule le récit, la rédaction de ses différentes unités et leur réception ultérieure. Dire que Daniel parle d'un roi babylonien n'atteste pas automatiquement que toutes ses sections ont été rédigées à son époque.
Le livre mêle hébreu et araméen, et ses versions grecques présentent une histoire textuelle propre. Ainsi, l'analyse de Daniel 7:13–14 ne peut pas se limiter à une traduction française reçue. La figure « comme un fils d'homme », les « saints du Très-Haut » et le rapport entre la figure et la collectivité sont discutés dans la recherche. Nous devons étudier leur place dans le livre avant de les identifier immédiatement à une figure chrétienne ultérieure.
Michael Segal montre, selon le résumé de son chapitre sur les quatre royaumes, que le schéma remplit une fonction à la fois chronologique et idéologique. Ce type d'analyse permet de comprendre comment une communauté soumise à la domination peut représenter l'histoire comme un ensemble d'empires limités. Mais la reconnaissance de ce contexte n'oblige pas à réduire tout le passage à un pamphlet politique.
Pour ce volume, Daniel servira donc de témoin fondamental de l'espérance d'une souveraineté qui juge les pouvoirs humains. Il ne sera pas réduit à une chronologie permettant de fixer des dates modernes de fin du monde : ce serait déplacer la question centrale vers le domaine propre des volumes consacrés à la Parousie et à l'Espérance.
5. Plusieurs espérances juives, pas une seule attente
L'expression « le Royaume de Dieu » est souvent présentée comme si les contemporains de Jésus lui avaient donné une définition unanimement reçue. Une telle présentation efface la diversité documentée du judaïsme du Second Temple. Les écrits apocalyptiques, la littérature de la diaspora grecque, les traditions sacerdotales et les manuscrits de Qumrân ne sont ni identiques ni des fragments d'un seul traité.
John J. Collins souligne, dans son introduction à la littérature de cette période, que les sources proviennent de milieux divers, dont les pseudépigraphes, les manuscrits de la mer Morte et les communautés de langue grecque. Il serait trompeur de citer indistinctement ces œuvres comme la parole de « tous les Juifs ». Leur histoire de transmission est souvent fragmentaire ou médiatisée par des copies chrétiennes postérieures.
Certaines attentes sont liées à la restauration d'Israël ; d'autres à un jugement cosmique, à la fidélité à la Torah, à une figure royale ou à une intervention divine dont le moment échappe aux hommes. Leur juxtaposition dans une étude contemporaine ne prouve pas qu'une seule communauté antique les ait toutes partagées. Il faut identifier les textes précis, leurs dates probables et leurs interprétations contradictoires.
La relation entre religion et politique ne doit pas non plus être réglée par une opposition simpliste. Dans un monde dominé par des empires, l'espérance d'une justice divine peut être associée à la liberté collective et au jugement des puissances. Elle peut aussi porter des dimensions liturgiques, morales ou eschatologiques qui ne se réduisent pas à la souveraineté territoriale d'un peuple.
L'objectif de notre enquête ne sera donc pas de préparer un contraste artificiel entre une attente juive supposée uniquement politique et un christianisme qui serait le premier à découvrir une dimension spirituelle. Jésus, ses disciples et les premiers auteurs chrétiens appartiennent eux-mêmes à l'histoire des judaïsmes anciens. Les différences doivent être construites à partir de documents, non à partir de caricatures confessionnelles.
6. Marc 1:15 : une annonce qui demande à être entendue
Marc place au début du ministère public de Jésus une annonce résumée par la Bible Savoy en ces termes : le temps est accompli, le Royaume de Dieu s'est approché, et les auditeurs sont invités à changer de voie et à croire à l'Évangile. Cette formulation possède une force narrative : elle relie une affirmation sur l'histoire à une demande de réponse.
Le choix du verbe français « s'est approché » mérite un contrôle du grec ēngiken (ἤγγικεν), forme verbale qui peut être discutée en relation avec la proximité temporelle, la manifestation de l'action et les conséquences de l'événement annoncé. Un mot pris isolément ne suffit pas pour trancher le grand débat sur le Royaume déjà présent ou encore futur. Le récit entier de Marc et les usages du verbe ailleurs doivent être étudiés.
Graham Stanton, dans un chapitre intitulé « The Kingdom of God », considère cette annonce comme centrale pour la construction de l'évangile selon Marc. Il faut préciser que, dans notre dossier présent, son argument n'a été consulté qu'à travers la notice et le résumé scientifiques de l'éditeur : nous ne pouvons pas prétendre avoir contrôlé toutes ses analyses, ses notes ou sa bibliographie paginée.
La question du Jésus historique apparaît immédiatement. La phrase de Marc est-elle une citation verbatim de Jésus, un condensé de sa prédication construit par Marc ou une formulation située à la rencontre de traditions anciennes et du projet de l'évangéliste ? L'historien propose des hypothèses selon les sources disponibles. Le lecteur croyant peut y entendre une parole porteuse d'une autorité théologique. Il est méthodologiquement indispensable de distinguer ces deux types d'affirmations.
Il faut également éviter de présenter l'appel au changement de voie comme une exigence uniquement individuelle. Son contexte appartient à un monde collectif où le rapport de l'être humain à Dieu, au prochain et à la justice ne se laisse pas entièrement séparer des pratiques sociales.
7. La proximité du Royaume et les actes de Jésus
Les Évangiles ne parlent pas uniquement du Royaume par des définitions. Ils le présentent dans des paraboles, des rencontres, des gestes et des controverses. Ainsi, Luc 11:20 établit un rapport entre l'action de Jésus contre les forces du mal et l'arrivée du règne de Dieu ; Luc 4 lie la proclamation à une annonce adressée aux pauvres et aux opprimés.
Ce langage a donné lieu à une lecture selon laquelle le Royaume serait déjà présent dans le ministère de Jésus. Une autre série de passages évoque la prière pour sa venue ou son accomplissement futur. Il serait réducteur de déclarer qu'un ensemble de textes annule automatiquement tous les autres, comme si le Nouveau Testament avait été rédigé par un auteur unique organisant chaque phrase autour d'une définition fixe.
La formule « déjà et pas encore » permet à de nombreux théologiens de tenir ensemble ces énoncés. George Eldon Ladd lui a donné une formulation très influente. Cependant, Jacob J. Scholtz en a proposé une critique argumentée en 2022, contestant la définition du Royaume qui permettrait une double temporalité. Ce désaccord doit être présenté comme tel ; il ne suffit pas d'employer l'expression connue pour démontrer qu'elle constitue une explication sans alternative.
Le volume devra donc procéder par comparaison patiente : que signifie la présence dans un récit de guérison ? Quel rapport est établi entre la prière « que ton règne vienne » et l'affirmation d'une proximité ? Les auteurs emploient-ils les mêmes images et répondent-ils à la même question ?
Le problème n'est pas seulement de choisir entre un calendrier du futur et une doctrine de la présence. Il s'agit d'examiner comment des communautés anciennes racontent la souveraineté de Dieu dans leur propre temps et comment elles peuvent espérer ce qu'elles ne constatent pas encore pleinement.
8. Matthieu, Luc et les différences qu'il faut préserver
Une lecture harmonisée des Évangiles peut rendre service à une pédagogie confessionnelle, mais elle risque de faire disparaître les façons distinctes dont Matthieu, Marc et Luc construisent leurs récits. Matthieu développe notamment des discours sur la justice, les paraboles et la communauté ; Luc associe fortement certaines annonces à la bonne nouvelle portée à des personnes marginalisées. Il ne s'agit pas de prétendre que chaque auteur ne connaît qu'un thème exclusif, mais d'observer leurs priorités narratives.
Dans Matthieu 6:10, la demande de venue du Royaume appartient à une prière. Elle ne joue pas le même rôle grammatical ni littéraire que l'annonce de Marc 1:15. Dans Luc 17:21, le choix de traduire entos hymōn par « au milieu de vous » ou « en vous » participe à un débat qui touche à la scène et aux destinataires. La Bible Savoy publie actuellement « au milieu de vous ». Ce choix constitue le point de départ de la recherche, non la preuve indépendante que toutes les autres solutions seraient fausses.
Il faudra aussi examiner les expressions « Royaume des cieux » et « Royaume de Dieu » avec leur contexte, plutôt que leur attribuer d'avance un sens éternellement identique. Les premières communautés chrétiennes ont lu ces textes dans des situations de transmission, d'enseignement et de controverse dont nous ne possédons pas toujours les détails.
Une règle de lecture apparaît ainsi : si deux passages semblent répondre à des questions différentes, leur relation mérite une enquête avant d'être transformée en contradiction ou en identité.
9. L'Église est-elle le Royaume ?
Cette question a traversé l'histoire des traditions chrétiennes et reste chargée d'enjeux institutionnels. Certaines interprétations établissent un rapport très fort entre l'Église et la manifestation du Royaume, tandis que d'autres marquent la différence entre communauté croyante, règne de Dieu et accomplissement final. Les Églises ne sont pas toujours homogènes dans leurs manières de formuler cette relation.
Notre chapitre introductif ne peut pas résoudre ici une question qui demande une histoire doctrinale approfondie. Il peut cependant fixer une limite : le seul fait qu'un texte parle de communauté ou de disciples n'autorise pas à remplacer automatiquement « Royaume de Dieu » par « institution ecclésiale ». À l'inverse, la distinction des termes ne démontre pas que le Royaume serait sans aucune conséquence collective ou visible.
L'usage politique de la notion de Royaume exige la même prudence. Des mouvements peuvent mobiliser une espérance religieuse pour défendre la dignité, critiquer l'injustice ou justifier un pouvoir. Il faut documenter les applications historiques et les interprétations, sans supposer que l'une d'elles représenterait l'unique conclusion du texte antique.
L'auteur pourra exprimer sa position sur les rapports entre Église, justice, liberté et pouvoir civil. Mais une position d'auteur ne doit pas être fabriquée au fil d'un brouillon préparatoire : elle appartient à sa réflexion assumée, à l'argumentation et aux objections auxquelles il accepte de répondre.
10. Ce qui distingue cet ouvrage des autres volumes
Le Royaume de Dieu appartient à une collection où existent déjà des ouvrages consacrés au Christ, à l'Espérance, à la Parousie et aux questions de vie chrétienne. Il doit enrichir cette collection et non simplement répartir autrement les mêmes pages.
Le volume Christ examine la personne, l'identité et la signification de Jésus. Le présent ouvrage doit se limiter à la manière dont l'annonce du règne de Dieu organise certains récits, certaines paroles et leurs interprétations. Le volume Parousie pourra approfondir les attentes de retour et les problèmes de chronologie eschatologique ; nous étudierons ici la relation entre les espérances et le langage du Royaume sans fabriquer une table de dates. Le volume consacré à l'Éthique chrétienne sera le lieu principal des discussions sur la conduite ; nous concentrerons ici nos efforts sur la fonction du langage de justice dans les textes qui annoncent le Royaume.
Cette délimitation n'est pas un refus des liens entre les disciplines. Une exégèse sérieuse doit faire apparaître ces liens tout en évitant de prétendre tout traiter dans chaque chapitre. Les renvois entre ouvrages pourront améliorer la lecture sans multiplier les répétitions.
Les textes anciens doivent aussi conserver leur singularité. Daniel ne devient pas automatiquement un évangéliste avant les Évangiles ; Marc et Luc ne se réduisent pas à deux traductions d'un traité commun ; Paul n'est pas simplement le commentaire d'une parabole. La bibliothèque gagne sa profondeur lorsque les différences sont visibles, même si une lecture théologique cherche ensuite une cohérence.
11. Quelle forme d'enquête proposons-nous au lecteur ?
Nous avancerons selon quatre niveaux documentaires. D'abord, le texte effectivement transmis, avec l'édition et la langue précisées lorsque cela importe. Ensuite, le contexte historique et littéraire, reconstruit selon les témoignages et les débats savants. Puis, les lectures des traditions, présentées dans leur diversité sans attribuer une opinion générale à une communauté entière. Enfin viendra la position personnelle de Pierre-Alain Savoy, qui ne sera écrite et signée qu'après sa propre relecture.
Cette organisation protège le lecteur contre plusieurs confusions. Elle empêche qu'une hypothèse de datation soit présentée comme une parole de l'Écriture, qu'une lecture confessionnelle soit déguisée en fait philologique unanime ou qu'un brouillon rédigé par un assistant soit présenté comme la conviction de l'auteur.
Elle impose aussi une discipline bibliographique : consulter les textes intégraux lorsque l'argument y renvoie, distinguer les notices d'éditeur d'une étude complète, respecter les licences de reproduction des traductions récentes et signaler ce que les témoins manuscrits ne permettent pas de conclure.
La conclusion provisoire de ce premier chapitre n'est donc pas une doctrine de plus. Elle est une orientation de recherche : le Royaume de Dieu doit être étudié comme un langage multiforme de souveraineté, de justice, d'annonce et d'espérance. Il est lié aux enjeux historiques du monde juif ancien, aux récits de Jésus et aux formulations des premières communautés chrétiennes. Son interprétation exige que nous examinions les différences avant de prononcer une synthèse.
Les chapitres suivants commenceront avec les Psaumes et Daniel. Ils reviendront ensuite aux attentes du Second Temple et à la proclamation de Jésus, avec cette question qui ne doit jamais être tranchée par habitude : quel rapport le texte établit-il précisément entre le règne de Dieu, la transformation du monde et la réponse humaine ?