Volume XLI · chapitre 18
XXIe siècle : numérique, marchandisation et conscience
Édition numérique · Octobre 2026
Ouverture — La sexualité change de milieu technique
La sexualité contemporaine n'existe plus uniquement dans les relations de proximité, les institutions familiales ou les discours religieux. Les réseaux numériques, les plateformes de diffusion, la médecine reproductive et les techniques d'intelligence artificielle interviennent dans la manière dont les personnes rencontrent autrui, se représentent leur corps ou partagent leur intimité. [NUM04]
Une histoire sérieuse ne peut déclarer que ces transformations produisent nécessairement une décadence ou une émancipation. Elle doit identifier leurs effets, leurs publics, leurs risques et les choix qui les gouvernent. L'accroissement des possibilités techniques ne garantit pas le respect des personnes ; il ne conduit pas non plus automatiquement à la disparition de toute relation responsable.
1. Des rencontres transformées par les plateformes
Les applications et services en ligne ont modifié les conditions de rencontre, de communication et de présentation de soi. Les utilisateurs peuvent établir des liens malgré l'éloignement géographique ou certaines contraintes sociales. Ils peuvent aussi être confrontés à la marchandisation de l'attention, à des mécanismes de sélection et à des représentations réduites de l'identité.
Les résultats de recherche sur les effets relationnels doivent être interprétés selon les populations et méthodes : un usage fréquent d'une application ne prouve pas une conséquence psychologique particulière. Les pratiques varient fortement entre générations et contextes sociaux.
L'éthique peut interroger la sincérité, l'exposition de soi, la confidentialité et la responsabilité des plateformes, sans supposer que toute rencontre numérique serait superficielle.
2. Images intimes, consentement et circulation des fichiers
Le partage d'une image intime soulève des questions de consentement et de droit à la vie privée. Un accord pour produire ou transmettre une image ne constitue pas une permission générale de la redistribuer. Le problème devient particulièrement grave lorsque des contenus sont diffusés sans consentement, utilisés à des fins de chantage ou concernent des mineurs.
Ces violences demandent une description claire des préjudices et des recours possibles, sans indications techniques susceptibles de faciliter leur commission. Il distinguera la production légale de contenus entre adultes consentants des situations d'exploitation, de menace ou de diffusion illicite.
La possibilité technique de copier un fichier presque sans limites transforme la durée et l'ampleur d'une atteinte à l'intimité ; elle n'abolit pas la responsabilité de ceux qui décident de publier, conserver ou partager.
3. Pornographie : effets débattus, exploitation attestable
Les débats concernant la pornographie recouvrent plusieurs questions qu'il serait incorrect de fusionner : choix des adultes, qualité du consentement à la production, conditions de travail, représentations sexuelles, accès des mineurs et effets possibles sur les comportements ou les relations.
Une étude scientifique doit préciser le type de contenu, l'âge des publics, les variables mesurées et les limites des recherches observationnelles. Il serait abusif d'affirmer que toute consommation possède le même effet psychologique, comme il serait abusif de nier les situations de coercition et d'exploitation documentées dans certains contextes.
L'évaluation éthique d'un contenu et l'établissement de ses effets cliniques ne reposent pas sur la même démonstration. La première appelle une argumentation morale explicite ; la seconde exige des observations reproductibles, dont la portée et les limites puissent être discutées.
4. Intelligence artificielle et falsification de l'intimité
Les techniques génératives peuvent permettre de fabriquer des images intimes de personnes qui n'ont jamais posé pour de telles représentations. Ces contenus soulèvent des problèmes de consentement, de réputation, de harcèlement et de protection des enfants.
L'analyse nomme les atteintes et leurs conséquences, sans fournir de procédé de fabrication de ces images. Il discutera la responsabilité des utilisateurs, des plateformes, des outils et des autorités publiques à partir de cadres juridiques datés.
L'innovation technique ne modifie pas la règle fondamentale selon laquelle l'existence d'une image ne suffit pas à établir le consentement de la personne représentée. [NUM03]
Le 23 février 2026, le Préposé fédéral suisse à la protection des données et à la transparence a relayé une déclaration commune de 61 autorités chargées de la protection des données sur les images et vidéos générées par intelligence artificielle. Ce texte demande des garde-fous contre les images intimes non consenties, des voies de retrait accessibles, de la transparence et une protection renforcée des enfants. Il exprime des attentes communes ; il ne crée pas une infraction pénale unique applicable dans tous les pays. Les responsabilités juridiques demeurent à situer dans chaque législation. [NUM07]
Le dommage ne commence pas toujours au moment où un contenu devient public. Une fabrication non autorisée peut déjà porter atteinte à la vie privée ; sa diffusion expose ensuite la personne à des copies, à des réapparitions et parfois à des pressions durables. Le retrait sur une plateforme ne garantit pas l'effacement de toutes les copies. L'enjeu est donc aussi de prévenir, de rendre le signalement accessible, de conserver les preuves de manière proportionnée et de traiter rapidement les demandes de retrait. [NUM05][NUM07]
5. Travail sexuel, traite et exploitation économique
Le numérique peut intervenir dans l'organisation de services sexuels et de contenus intimes. Il faut distinguer les adultes agissant dans un cadre légal et consentant, les personnes économiquement vulnérables et les victimes de coercition ou de traite.
Les controverses éthiques sur le travail sexuel ne se résolvent pas par un simple changement de vocabulaire. Elles exigent l'examen des droits, des conditions de sécurité et des réalités documentées. La traite et l'exploitation sexuelle sous contrainte doivent être traitées comme des violences, non comme de simples variations de pratiques sociales.
Une institution chrétienne peut défendre une éthique restrictive de la sexualité sans perdre de vue les obligations immédiates de protection, de soin et de respect envers les personnes.
6. Les jeunes, les écrans et l'éducation
Les enfants et adolescents peuvent rencontrer des contenus sexuels en ligne avant de disposer de toutes les ressources nécessaires à leur interprétation. L'éducation doit associer information fiable, protection contre l'exploitation, compréhension du consentement et possibilité de parler sans humiliation.
Les affirmations sur des effets psychologiques à long terme nécessitent des recherches situées. On ne peut traiter tous les enfants exposés à un écran comme s'ils avaient vécu la même expérience ; il n'est pas non plus raisonnable d'ignorer le risque d'exposition à des contenus violents ou dégradants.
Une information adaptée à l'âge et une prévention ouverte à la parole des jeunes valent mieux que la panique morale comme que la banalisation des dangers.
Protéger sans abandonner la parole des mineurs
Le contrôle de l'âge, lorsqu'il est légalement applicable, ne règle pas à lui seul la sécurité d'un service. Une protection crédible associe des paramètres protecteurs par défaut, un traitement effectif des signalements et une assistance adaptée aux enfants exposés à une image fabriquée ou diffusée sans leur accord. Les solutions doivent aussi limiter la collecte de leurs données personnelles : la vérification de l'âge ne justifie pas de conserver indéfiniment des pièces d'identité ou des images privées. [NUM07]
L'enfant ne devrait pas avoir à prouver publiquement son innocence en montrant l'image qui l'humilie. L'éducation à la vie numérique peut enseigner la demande d'aide, le respect de l'intimité d'autrui et le refus de rediffuser un contenu dommageable, sans transformer la victime en responsable de la circulation de l'image.
7. Technologies reproductives et nouvelles formes de parenté
La procréation médicalement assistée, la conservation des gamètes et les autres techniques reproductives suscitent des questions de filiation, de consentement, d'accès aux soins et de statut de l'embryon. Les législations diffèrent selon les pays.
La description des techniques ne décide pas automatiquement de leur évaluation morale. Les traditions chrétiennes peuvent diverger sur la légitimité d'une intervention sans que la réalité clinique soit discutée à coups d'affirmations théologiques présentées comme expérimentales.
Le volume XLII reprendra ces questions sous l'angle du choix reproductif et du discernement éthique.
8. Identité, transition et évolution des normes
Les débats autour de l'orientation sexuelle, de la transidentité et des transitions sociales ou médicales appartiennent à l'histoire présente. Leur nouveauté tient en partie aux catégories utilisées, aux pratiques de reconnaissance civile et aux techniques disponibles ; cela ne signifie pas que toute expérience de différence de genre serait apparue récemment.
Les interventions chez les mineurs font l'objet de controverses scientifiques et de décisions institutionnelles évolutives. Toute recommandation invoquée dans ce débat doit être datée, attribuée à sa juridiction et distinguée de la preuve clinique disponible. Un témoignage ou une seule politique nationale ne peut tenir lieu de verdict général.
Il est indispensable de distinguer les débats éthiques ou doctrinaux des violences, dont la qualification dépend des actes de coercition ou d'exploitation, non de l'existence d'une identité minoritaire.
Dossier actuel — Consentement numérique, images fabriquées et protection
La production et la circulation d'images intimes posent des questions distinctes. Une personne peut avoir consenti à une photographie privée sans consentir à sa mise en ligne. Elle peut également se retrouver représentée dans une image entièrement fabriquée par un logiciel génératif sans avoir posé, participé ni autorisé sa diffusion. L'existence d'un contenu ne suffit donc pas à établir le consentement ; et la possibilité d'en demander le retrait après diffusion ne répare pas automatiquement les dommages subis.
Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), dans sa présentation actualisée des violences fondées sur le genre facilitées par la technologie, distingue notamment chantage par images, partage non consenti, harcèlement, usurpation d'identité et surveillance numérique. Ce vocabulaire vise à comprendre les formes concrètes d'atteinte, pas à disqualifier indistinctement toutes les interactions entre adultes par voie numérique. Les contextes nationaux doivent être différenciés avant de transposer une qualification juridique particulière. [NUM05]
Une synthèse publiée par l'UNESCO le 15 mai 2026, consacrée à la violence en ligne contre les femmes journalistes, souligne l'existence de manipulations d'images et d'autres agressions assistées par intelligence artificielle. Les résultats présentés proviennent de populations et d'enquêtes spécifiques : ils ne sont pas des statistiques universelles sur toutes les femmes, sur tous les adolescents ou sur les personnes ayant des pratiques numériques. Leur intérêt ici est de documenter la matérialité de certaines violences et le besoin de sécurité, de voies de recours et de responsabilité des plateformes. [NUM06]
Cette étude conduit à une règle historique et éthique : lorsque la technologie augmente la portée d'une atteinte, il faut préciser l'acte, le degré d'accord, les moyens de pression, la diffusion, les personnes concernées et la juridiction. La nouveauté des outils ne change pas le devoir de ne pas transformer autrui en matériau utilisable sans consentement. Elle oblige cependant les institutions à adapter leurs moyens de prévention, d'assistance et de preuve.
9. Le marché peut-il transformer les personnes en produits ?
La sexualité touche aussi des industries et des modèles économiques. [NUM01] Une plateforme peut encourager certaines formes d'exposition de soi ; une publicité peut faire du corps un objet d'évaluation permanente ; un service médical peut être entouré d'incitations commerciales.
Cela ne signifie pas que toute activité marchande liée à la sexualité serait nécessairement exploitante. La question est de savoir quelles conditions garantissent une information loyale, un consentement réel, l'absence de pression et la possibilité de réparation en cas de préjudice.
Une éthique chrétienne du corps peut ici dialoguer avec des approches laïques de l'intégrité personnelle, de la justice économique et des droits des consommateurs.
10. Une conclusion historique ouverte
Le XXIe siècle n'est pas un aboutissement. Il est une période parmi d'autres, avec ses connaissances, ses angles morts et ses contradictions. Les sociétés passées ont souvent parlé avec assurance de questions qu'elles comprenaient mal ; notre époque doit reconnaître qu'elle n'échappe pas à ce risque.
Le premier volume se referme donc sur une méthode plutôt que sur un mythe : comprendre les transformations, qualifier précisément les abus, tenir compte des personnes et ne pas remplacer l'enquête par un récit de déclin ou de progrès obligatoire.
Conclusion — L'histoire prépare, elle ne dicte pas toute l'éthique
Des contrats de mariage anciens aux images fabriquées et diffusées par les plateformes contemporaines, une même question traverse des situations pourtant incomparables : qui dispose du pouvoir de définir, de protéger ou d'exposer le corps d'autrui ? Les réponses historiques changent avec les institutions et les techniques. Elles ne se laissent réduire ni à un récit d'émancipation ininterrompue ni à une déploration du présent.
Le second volume prendra le relais : il distinguera données scientifiques contemporaines, interprétations bibliques, doctrines chrétiennes et conclusion théologique explicite de l'auteur.
Références de départ
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[NUM01] OMS, cadre de santé sexuelle et absence de coercition : https://www.who.int/teams/sexual-and-reproductive-health-and-research/key-areas-of-work/sexual-health/defining-sexual-health
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[NUM02] Conseil de l'Europe, Convention de Budapest sur la cybercriminalité, textes et portée juridique à dater : https://www.coe.int/fr/web/cybercrime/the-budapest-convention
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[NUM03] UNESCO, ressources sur les violences facilitées par les technologies et la sécurité numérique : https://www.unesco.org/en/gender-equality/safety-women-journalists
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[NUM04] The Cambridge World History of Sexualities, vol. IV, transformations modernes et contemporaines, 2024 : https://www.cambridge.org/core/books/cambridge-world-history-of-sexualities/785AC75279166B475487520090CD1B6F
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[NUM05] UNFPA, Technology-facilitated Gender-based Violence: A Growing Threat, informations et exemples, mise à jour du 26 novembre 2025 : https://www.unfpa.org/TFGBV
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[NUM06] UNESCO, « New global report reveals growing impact of online violence on women journalists », 15 mai 2026, présentation méthodologique du rapport Tipping Point : https://www.unesco.org/en/articles/new-global-report-reveals-growing-impact-online-violence-women-journalists
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[NUM07] Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT), « Déclaration commune sur les images générées par l'IA », 23 février 2026, position de 61 autorités : https://www.edoeb.admin.ch/fr/declaration-commune-images-generees-ia
Réserves : la documentation scientifique précise des effets du numérique, des plateformes et des technologies de reproduction reste à constituer. Aucun effet causal général, taux ni comparaison juridique n'est affirmé sans preuve. La prospective ne doit pas être prise pour un fait constaté.