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Étude comparative · Porrentruy et ancien Évêché de Bâle, 1594–1596

Lire les manuscrits de Porrentruy : onze lignes, deux audiences et trois procès à confronter

Première micro-édition à lecture parallèle : folio 55 du 11 octobre et nouvelle audience du 26 octobre 1596.

Onze lignes de deux en-têtes confrontées aux photographies en haute résolution ; transcription de travail partielle et révisable, aucune sentence intégrale éditée. · 6 sources reliées

I. Pourquoi publier d'abord quelques lignes vérifiables

Le registre PCrim Py I/2 n'est plus une référence inaccessible : ses photographies sont consultables dans le site public des Archives de l'ancien Évêché de Bâle. Mais rendre une image disponible et produire une édition critique demeurent deux opérations distinctes. Une édition doit indiquer la cote, le folio, la page de reproduction, l'ordre des lignes, les abréviations développées, les corrections et les mots incertains. La publication de deux courts en-têtes, soigneusement distingués des sentences qu'ils précèdent, est une étape modeste mais contrôlable. Elle évite la tentation de reproduire d'un seul mouvement des pages manuscrites difficiles à lire et de transformer les approximations en citations définitives.1

Le dossier propose donc une micro-édition de onze lignes choisies pour leur lisibilité relative : six lignes au folio 55, page numérique 111, et cinq lignes sur la page numérique 120. Pour chaque ligne, le lecteur trouve une lecture diplomatique de travail, une restitution contemporaine et un degré de confiance. Les photographies originales ne sont pas copiées sur Tactiques : un lien permet de les ouvrir chez leur dépositaire. Cette méthode n'autorise encore aucune affirmation nouvelle sur la culpabilité des accusés, qui n'est pas démontrée, ni sur les termes intégraux de leurs jugements.2

II. Folio 55 : une audience du 11 octobre 1596

Le premier en-tête étudié commence sur le folio marqué 55, numéroté 111 dans la reproduction. On y lit « Justice Criminelle tenue a Pourrentruy » puis une formule localisant la séance « au vifz Ciel ». La date est formulée comme un vendredi 11 octobre 1596. Le nom de Regnaud Faibvre apparaît à la suite du mot « devant », avec sa qualité de maire de Porrentruy. L'en-tête annonce ensuite les vingt-quatre juges jurés présents à la séance. Il s'agit d'un passage institutionnel, qui donne les conditions de tenue d'une audience plutôt que le contenu d'une accusation individuelle.3

Il serait tentant de convertir immédiatement cette page en « sentence de Jeanne Mittet du 11 octobre ». L'inventaire relie bien l'affaire Mittet au folio 55, mais l'en-tête est celui d'une audience générale où plusieurs interventions peuvent se succéder. La date inscrite sur la page et la date de chacune des étapes du dossier sont des données distinctes. Avant de dresser une chronologie définitive, il faudra lire les folios 55 et suivants, repérer où commence chaque cause et vérifier les mentions nominales. Notre texte se limite ici à ce qu'apporte réellement le haut de la page.4

III. Lire « au vifz Ciel » et les titres des officiers

La graphie « vifz Ciel » réapparaît dans les en-têtes judiciaires du registre. Elle peut dérouter un lecteur contemporain, qui y verrait spontanément une expression spirituelle. Dans le cadre d'une audience criminelle, elle renvoie à la formule ancienne de tenue de justice en plein air. La micro-édition conserve les mots manuscrits dans la colonne de gauche et introduit une explication seulement dans la colonne moderne. Faire disparaître la graphie historique serait perdre un indice de vocabulaire institutionnel ; la moderniser directement dans la transcription ancienne reviendrait à brouiller la provenance de l'interprétation.5

Des mots comme « maire », « juges » et « jurads » ne doivent pas non plus être lus au travers des seules institutions suisses contemporaines. Le maire nommé dans le registre participe à un système de justice de la principauté épiscopale de Bâle. La liste de vingt-quatre juges jurés indique un mode formel de composition de l'audience, mais elle ne suffit pas à reconstituer leurs compétences respectives, l'ordre de la délibération ou le rôle de chaque homme dans l'affaire Mittet. Il faudra comparer le règlement institutionnel de cette justice aux usages réellement constatés dans plusieurs audiences.6

IV. Page 120 : le piège de « jourdhuy »

La page numérique 120 ouvre une nouvelle audience, datée du 26 octobre 1596. Son en-tête reprend la formule de justice criminelle, le nom du maire et l'annonce des juges. Un mot situé avant la date semble se lire « Jourdhuy ». Une première observation trop rapide aurait pu le comprendre comme « jeudi », mais cette lecture ne tient pas devant l'agrandissement du manuscrit. La restitution la plus prudente est « en ce jour du 26 octobre », accompagnée de l'indication que la graphie exacte reste à contrôler. On ne devrait pas ajouter un jour de semaine absent de la source.7

Ce cas particulier explique l'utilité d'un vocabulaire de certitude. Les deux dates et les formules institutionnelles peuvent être transcrites avec une confiance relativement forte, tandis qu'une abréviation ou un mot de transition demeure douteux. Un historien ne doit ni supprimer silencieusement cette hésitation ni la masquer derrière un texte parfaitement régulier. La colonne de lecture contemporaine doit faciliter l'accès aux documents sans donner une impression artificielle de maîtrise. Une future vérification par comparaison avec les formules du même greffier pourra affermir ou corriger la lecture « Jourdhuy ».8

V. Le numéro manuscrit n'est pas le numéro de l'image

La photographie 81 du site correspond au folio 40 marqué dans le registre ; la page 111 montre le folio 55 ; la page 117 porte le chiffre 58 ; la page 119 porte 59. Ces repères ont été examinés en grand format. Le registre compte plus de quatre cents images numériques pour 191 folios, car les feuillets comportent des rectos et des versos, et certains indices comprennent des éléments supplémentaires. La citation scientifique doit préserver les deux repérages : le folio ancien donne la place dans l'archive, et la page numérique donne au lecteur le chemin concret jusqu'à la photographie.9

Après le folio 69, les Archives signalent une numérotation anormale avec des feuillets marqués 610 à 615 et des sous-numéros 69.1 à 69.11. Une règle arithmétique de conversion échouerait donc dans le reste du registre. Notre relevé n'est pas un index général automatique ; il contient quatre correspondances explicitement observées. La situation rappelle que la numérisation n'efface pas l'histoire matérielle du document. La reliure, les foliotations secondaires et les insertions doivent être documentées avant toute prétention à l'exhaustivité.10

VI. Commencement, continuation et fin d'une cause

Une page peut porter le commencement d'une audience, la continuation d'un procès, une liste de juges ou le début d'une affaire complètement différente. La cote archivistique de Thonnette Grillon renvoie aux folios 57 verso à 60, mais l'en-tête distinct de la page numérique 120 impose d'examiner soigneusement les frontières du dossier. Une transcription qui alignerait automatiquement les quatre folios dans un seul récit risquerait d'attribuer à Thonnette les actes d'autres justiciables. On doit repérer les titres, les blancs, les signes marginaux, les changements d'encre et les noms des personnes poursuivies.11

Les mentions de séance relèvent également d'un calendrier judiciaire qu'il ne faut pas confondre avec celui des dépositions et des aveux. La reconfession de Thonnette du 9 octobre 1596 précède les en-têtes examinés du 11 et du 26 octobre, mais la succession des dates ne prouve pas que tous les documents concernent immédiatement cette procédure. Seul l'examen des actes intermédiaires peut établir ces connexions. Cette distinction est particulièrement importante lorsqu'on cherche à comprendre comment une accusation initiale a été transformée en verdict, puis éventuellement en exécution.12

VII. Le témoin écrit n'est pas la personne poursuivie

Les interrogatoires de Jacques Couchant, de Thonnette Grillon et de Jeanne Mittet ont livré des témoignages de guérison, des contestations, des menaces de torture et des déclarations successives. Ces éléments sont recueillis et souvent reformulés par un greffier. Le protocole du tribunal constitue une deuxième couche documentaire, centrée sur l'autorité qui juge et sur les formes de décision. Les rapprocher est indispensable, mais il serait méthodologiquement erroné de considérer le récit de l'accusé, sa reconfession et l'acte du tribunal comme trois confirmations indépendantes d'un événement surnaturel.13

Le lecteur doit reconnaître les différents statuts des formulations : une déposition consigne ce qu'une personne dit ou ce qu'on lui attribue ; un procès-verbal de torture décrit une intervention coercitive ; un en-tête nomme une audience ; une sentence consigne un acte d'autorité. Une reprise des mêmes noms ou des mêmes scènes à travers ces documents peut traduire la circulation d'un dossier et non l'indépendance des preuves. La micro-édition vise d'abord à améliorer cette lecture des catégories, sans compléter les lacunes par des scènes imaginées ou des paroles reconstituées.14

VIII. Ce qu'exigera une édition paléographique intégrale

La prochaine étape consiste à relever toutes les lignes des folios concernant les trois affaires, en distinguant les mains, les additions marginales et les ratures. Une transcription diplomatique conservera les graphies originales, les abréviations non résolues et les ruptures du manuscrit. Dans une seconde couche seulement, une restitution en français contemporain expliquera les termes du droit ancien. Pour chaque ligne, la base indiquera cote, folio, image numérique, section judiciaire, degré de lecture et, lorsque cela sera possible, rapprochement avec une pièce des dossiers B 168. Ce modèle permet d'améliorer la recherche sans effacer la source.15

Le texte transcrit devra ensuite être confronté à la chronologie des interrogatoires et aux descriptions archivistiques des sentences. Les condamnations, leur formulation exacte, les mesures de grâce et les éventuelles exécutions ne peuvent être assimilées les unes aux autres. La confiance des lecteurs dépendra de cette précision : publier seulement les lignes réellement contrôlées, corriger publiquement les lectures devenues douteuses et conserver un lien permanent vers l'image originale. La présente micro-édition est une preuve de méthode et un premier pas documentaire, non l'achèvement de la transcription des jugements.16

Conclusion méthodologique

L’enquête dispose désormais de fragments transcrits liés aux images originales, mais non encore du texte intégral des sentences. Les dates d’audience ne prouvent aucun fait surnaturel et ne remplacent pas les dates propres aux décisions ou à leur exécution.

Appareil critique

Notes et références

Les indications bibliographiques sans pagination sont des références de repérage, non des citations vérifiées page par page. Lire les conventions éditoriales.

  1. Source primaire

    Le folio 55 et la page 120 ont été contrôlés sur les photographies directes, contrairement à une simple notice de catalogue.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  2. Réserve documentaire

    L’atelier de transcription conserve deux états textuels et signale les lectures incertaines ; il ne prétend pas publier le jugement entier.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  3. Source primaire

    Folio 55, page Transkribus 111, en-tête « Justice Criminelle tenue a Pourrentruy » et mention explicite du vendredi 11 octobre 1596.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 55↩ Revenir au texte
  4. Réserve documentaire

    Un en-tête d’audience ne suffit pas à dater chaque cause jugée pendant cette audience ; attribution individuelle à vérifier.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte
  5. Philologie

    La graphie « au vifz Ciel » est conservée dans la colonne diplomatique ; son explication appartient à la restitution.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  6. Source primaire

    La formule du folio 55 mentionne Regnaud Faibvre, maire, et vingt-quatre juges jurés.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 55↩ Revenir au texte
  7. Philologie

    Page 120 : « Jourdhuy » est une lecture probable et non « jeudi ». Le degré de certitude est explicitement indiqué.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  8. Réserve documentaire

    Une date sans mention sûre du jour de semaine ne doit pas être enrichie par supposition ; comparaison entre les graphies du même greffier à poursuivre.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  9. Source primaire

    Concordances contrôlées directement : folio 40/page 81 ; 55/111 ; 58/117 ; 59/119.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  10. Réserve documentaire

    Les anomalies de foliotation après le folio 69 rendent une conversion arithmétique générale invalide.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 40↩ Revenir au texte
  11. Source primaire

    La page numérique 120 ouvre une nouvelle audience datée du 26 octobre 1596 ; le découpage des actes est essentiel.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  12. Comparaison textuelle

    La reconfession Grillon du 9 octobre est une autre pièce et ne se confond pas avec le titre des audiences du 11 et du 26 octobre.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60 · AAEB B 168/14-36.1 à .5↩ Revenir au texte
  13. Comparaison textuelle

    Les manuscrits des interrogatoires et les protocoles du tribunal relèvent d’étapes juridiques différentes et ne se corroborent pas mécaniquement.

    AAEB B 168/14-36.1 à .5 · AAEB B 168/14-37.1 et .2↩ Revenir au texte
  14. Bibliographie scientifique

    Lüdi (2009) analyse les confessions comme des textes judiciaires ; sa recherche est un appui critique, non une preuve des faits allégués.

    Georges Lüdi, Confessions criminelles, dans Sociolinguistique historique du domaine gallo-roman, Peter Lang, 2009, p. 175–197↩ Revenir au texte
  15. Transmission textuelle

    Édition diplomatique, restitution contemporaine, photographie IIIF et notice archivistique doivent être distinguées.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte
  16. Réserve documentaire

    Les motifs exacts, peines, grâces éventuelles et exécutions restent à vérifier sur des passages non encore intégralement transcrits.

    AAEB PCrim Py I/2, fol. 40 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55 · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60↩ Revenir au texte

Éditions et sources du réseau Savoy

Vérifier les textes cités.

Textes analysés dans cette étude

Archives de l’ancien Évêché de Bâle · AAEB PCrim Py I/2, fol. 40

Le registre de Porrentruy, folio 40 : Jacques Couchant

Passage du registre criminel de Porrentruy lié aux poursuites étudiées dans le dossier Tactiques.

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Archives de l’ancien Évêché de Bâle · AAEB PCrim Py I/2, fol. 55

Le registre de Porrentruy, folio 55 : Jeanne Mittet

Passage du registre criminel de Porrentruy lié aux poursuites étudiées dans le dossier Tactiques.

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Archives de l’ancien Évêché de Bâle · AAEB PCrim Py I/2, fol. 57v–60

Le registre de Porrentruy, folios 57v–60 : Thonnette Grillon

Passage du registre criminel de Porrentruy lié aux poursuites étudiées dans le dossier Tactiques.

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Digital Humanities @ University of Bern et Archives de l’ancien Évêché de Bâle · AAEB B 168/14-36.1 à .5

Thonnette Grillon : cinq pièces PAGE XML de 1596

Cinq pièces transcrites sur les interrogatoires et reconfessions de Thonnette Grillon.

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Digital Humanities @ University of Bern et Archives de l’ancien Évêché de Bâle · AAEB B 168/14-37.1 et .2

Jeanne Mittet : deux pièces PAGE XML de 1596

Témoignages et interrogatoires de Jeanne Mittet : prières, torture et retraits de certaines accusations.

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Université de Neuchâtel, sociolinguistique historique · Georges Lüdi, Confessions criminelles, dans Sociolinguistique historique du domaine gallo-roman, Peter Lang, 2009, p. 175–197

Georges Lüdi (2009) — Les confessions comme genre textuel judiciaire

Georges Lüdi étudie les confessions de sorcellerie du Jura et de Neuchâtel comme une forme de texte produite par des institutions, avec des modèles narratifs récurrents et des variations locales.

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